Un Van Rysselberghe invendu chez Horta

Theo Vilain tableau

Théo Van Rysselberghe a été un très grand peintre de portrait. Son épouse Maria, sa fille Élisabeth, ses amis Verhaeren, Maus, Signac, Gide, Boch et tant d’autres furent priés de poser pour l’artiste. Le succès aidant les commandes affluèrent de France, Belgique, Luxembourg, d’Allemagne et d’Angleterre. Van Rysselberghe savait choisir ses clients, très fortunés, d’Emile Mayrish aux Schlumberger en passant par le Comte Kessler. Ses lettres à son épouse Maria témoignent du soin qu’il apporte aux commandes. Hélas tout passe, l’inspiration aussi. Les portraits de commande l’ennuient et cela se voit de plus en plus. Avec le double portrait de Madame Goldner Max et sa fille Juliette mis en vente par Horta ce 25 mai 2026 on est aux antipodes de son chef d’œuvre, Verhaeren dans son cabinet de travail, peint en 1892 et que j’avais choisi pour la couverture de mon exposition à Bozar. Quoique daté 1915 par l’artiste le double portrait des Goldner Max ne sera terminé que quelques années plus tard (correspondance à Mme Goldner Max) mais les premières études datent en effet de 1915. L’artiste a beaucoup de mal à avancer sur « le portrait de la gosse Goldner Max » écrit-il à Henri Van de Velde, précisant « j’ai affaire à un modèle extraordinairement remuant, impatient et indiscipliné ». Ce grand tableau est donc compliqué et disons-le sans grand intérêt. Les modèles sont inconnues et les couleurs sont à l’avenant. Tout cela est triste et aussi grand était le talent et la renommée du peintre personne n’aurait envie de vivre avec ça. Déjà invendu en 2007, l’estimation (25/35.000 euros) d’Horta aura découragé le plus malvoyant des rares amateurs et le tableau est logiquement resté invendu, nonobstant la publicité dithyrambique qu’en a fait Le Soir, qualifiant son estimation de « relativement prudente ». Hors de prix aurait été plus indiqué me semble t-il. Le Soir, de moins en moins éclairant, prédisant même un « potentiel intérêt compétitif ». Pour ma part, regardant la vente en direct, j’y ai vu une ardeur mortuaire et le tableau s’est crashé à 18.000 euros sans la moindre enchère. Tout cela est parfaitement logique et prévisible. Ce qui est vilain reste vilain.