Cachet d’Atelier

Presenté et vendu par Sotheby’s comme une œuvre de Théo Van Rysselberghe, ce joli tableau, que j’ai examiné à NY en 2014, assurément décoratif avec ses couleurs chatoyantes porte un cachet décrit comme « cachet d’atelier ». Un terme qui désigne le cachet apposé par les héritiers d’un défunt artiste sur les œuvres non signées se trouvant encore dans l’atelier au moment du décès. C’est le cas de nombreux tableaux de Monet et Renoir par exemple, marqués d’un cachet d’atelier par les fils respectifs de ces deux grands peintres. La veuve de Van Rysselberghe et sa fille unique n’ont jamais apposé le moindre cachet sur les œuvres se trouvant au décès de l’artiste dans ses ateliers de Saint Clair et Paris. Ce cachet en forme de monogramme encadré comme celui « atelier Van Rysselberghe » ont été conçus par des marchands peu consciencieux comme Guy Pogu (qui a vendu de nombreux authentiques Van Rysselberghe) dans les années 1960 et se retrouvent sur des œuvres aussi bien authentiques que non authentiques. La présence d’un de ces deux cachets doit toujours alerter. Mais comment en vouloir à l’aveugle qui n’y voit rien (au point d’avoir inclus dans un catalogue Van Rysselberghe une authentique œuvre de George Morren….) d’avoir imaginer sur base de ce seul cachet que ce joli tableau aurait pu être une œuvre de Théo Van Rysselberghe. Ce n’est pas un faux stricto senso, c’est un authentique tableau d’un autre peintre. Un faux aurait a minima quelques ressemblances avec l’art de Théo Van Rysselberghe. Voilà mon opinion, chacun se fera la sienne. Le problème est que sur base de cet ersatz de catalogue raisonné Sotheby’s a décidé de présenter ce tableau comme de la main du célèbre peintre. Adjugé 90.000 dollars hors frais en 2005 et 80.000 dollars hors frais en 2014. Une très mauvaise affaire certes mais un montant conséquent néanmoins récupéré. Gageons qu’une telle légèreté ne se reproduirait plus aujourd’hui.